Départ d’Amazon du Québec : la CSN demande la réouverture des entrepôts
Réouverture des entrepôts, indemnités d’un an de salaire pour les travailleurs touchés : voilà quelques-unes des demandes de la Confédération des syndicats nationaux (CSN) dans sa plainte juridique contre Amazon, déposée mercredi. Amazon rétorque que la centrale syndicale induit la population en erreur et qu'elle a respecté les lois. La centrale syndicale estime que le Tribunal administratif du travail (TAT) doit annuler la décision d’Amazon de fermer ses installations au Québec, car c’est un geste illégal, selon elle. La CSN soutient que c’est en raison de l’intervention imminente d’un médiateur dans les négociations entre le syndicat de l’entrepôt DXT4 à Laval et la multinationale qu’Amazon a subitement cessé ses activités. Fin janvier, le géant du commerce en ligne a annoncé la fermeture soudaine de ses entrepôts et de ses centres de tri dans la province, un geste qui s’est traduit par la perte de plus de 4500 emplois. Contrairement à l’affaire Walmart – lorsque cette entreprise avait mis la clé sous la porte de sa succursale de Jonquière en invoquant des raisons financières quelques mois seulement après que les employés se furent syndiqués –, la CSN estime qu’Amazon continue de faire des affaires au Québec puisque les consommateurs peuvent toujours acheter sur sa plateforme. Les travailleurs d’au moins un autre entrepôt dans la région de Montréal allaient bientôt déposer une requête en accréditation syndicale. Dans sa plainte, la centrale syndicale fait valoir qu’Amazon a toujours misé sur un système de livraison local à proximité de sa clientèle et que la décision de se retirer du marché québécois défie la logique. Outre la réouverture des entrepôts et des centres de tri, la CSN réclame un an de salaire pour les travailleurs touchés par les fermetures ainsi que 450 000 $ en dommages et intérêts. L'entreprise maintient depuis le 22 janvier que la décision de fermer ses entrepôts et ses centres de tri repose sur un examen de ses activités pour retourner à un modèle de livraison par une tierce partie. Toutefois, de l’avis de Marc Wulfraat, la multinationale ne faisait que tâter le terrain au Québec. Elle n’avait pas investi beaucoup d’argent pour un marché de cette taille. Il cite l'exemple de la ville de Buffalo, dont la population environnante avoisine un million de personnes et où Amazon fait construire un centre de distribution grand comme 53 terrains de football, au coût de 550 millions de dollars américains. Professeur titulaire au département de marketing et titulaire de la Chaire de commerce électronique RBC Groupe Financier, Sylvain Sénécal estime que faute d’accès aux données d’Amazon, il est difficile de savoir si la décision de l'entreprise est justifiée d’un point de vue économique. Pour l’heure, il n’existe toujours qu’un seul syndicat dans les entrepôts d’Amazon en Amérique du Nord. Un vote, la semaine dernière, dans un entrepôt en Caroline du Nord s’est soldé par une défaite cuisante du mouvement syndical. Des données inédites de l’enquête Net Tendance montrent que les Québécois utilisent Amazon comme jamais auparavant. D’après les informations collectées par l’Académie de la transformation numérique, affiliée à l’Université Laval, en 2024, 52 % des gens qui faisaient leurs achats en ligne étaient membres d’Amazon Prime. L’abonnement permet une livraison plus rapide des colis. Autre donnée : 64 % des achats en ligne ont été faits sur Amazon en 2024, contre 51 % en 2023. Cette hausse de la part des achats sur Amazon s’est faite aux dépens des marchands québécois, canadiens et étrangers, note Astrid Alemao. Et la part des cyberacheteurs qui ont fait au moins les trois quarts de leurs achats sur Amazon est passée de 32 % en 2023 à 48 % en 2024. L’Académie de la transformation numérique va cependant donner un nouveau coup de sonde au cours des prochaines semaines pour voir si les récents événements, avec la fermeture d’Amazon et l’imposition possible de tarifs par l’administration américaine, ont changé la donne. Le portrait final de la consommation en ligne doit être publié plus tard au printemps.Donc ce n’est pas vrai qu’Amazon se retire des affaires au Québec
, estime la présidente de la CSN, Caroline Senneville. Tout a été fait pour que le géant du commerce en ligne n’ait pas à traiter avec un syndicat, dit-elle.La CSN induit la population en erreur
, répond Barbara Agrait, porte-parole d'Amazon, par courriel. Notre retour à de la livraison par une tierce partie va nous permettre d'offrir les mêmes services et même davantage d'économies pour nos clients à long terme.
À travers cette transition, nous nous sommes conformés aux lois provinciales et fédérales et nous continuerons à le faire
, conclut la porte-parole.Ce n’est pas gagné, mais ce n’est pas perdu non plus
, commente Charles Tremblay Potvin, professeur à la faculté de droit de l’Université Laval. À la lumière de l’affaire Walmart, dit-il, les demandes de la CSN pourraient être difficiles à satisfaire, sans que ce soit impossible. Selon lui, il y aura tout un débat autour de la notion de fermeture.Cette décision leur fait perdre de l’argent
C’est certain à 100 % que c’est un geste antisyndical
, affirme Marc Wulfraat, qui travaille depuis plus de 35 ans dans le domaine de la logistique. Le fondateur de MWPVL International connaît très bien Amazon et sa chaîne d’approvisionnement : sa firme a cartographié les installations du géant du commerce en ligne partout dans le monde. Cette décision leur fait perdre de l’argent
, dit-il. C’est pour s’assurer que le syndicat ne pénètre pas dans l’entreprise.
Ça semble un peu étrange qu’une compagnie qui investit tant, en peu d’années, en distribution locale, du jour au lendemain, plie bagage
, note-t-il.Les Québécois utilisent Amazon comme jamais
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